• Après bons et loyaux services

     

    Regards voilés, perdus dans les brumes du temps,

    Membres-branches, tordus et raidis par la vie,

    Corps-menhirs posés comme des statues,

    Alignés le long des murs froids et durs,

    Attendant une exécution qui ne viendra pas.

     

    N’être plus qu’un meuble, qu’à peine on regarde,

    Un organisme entretenu comme une mécanique :

    Faire les niveaux, le plein et la pression.

    Plus de clignotants… Pour tourner où, de toute façons ?

     

    Le temps, goutte à goutte, s’écoule, s’étend,

    S’allonge et s’étire indéfiniment,

    En d’interminables plages de cruelle solitude,

    Dans la lumière d’un télévisuel soleil.

     

    Mots perdus dans les méandres de l’isolement,

    Egarés, errant dans les couloirs si blancs,

    Où s’entrechoquent de sinistres échos.

    Portes verrouillées, comme les cœurs et âmes

    Des anges-gardiens aux esprits fermés

    Qui détiennent la clé de la paix.

     

    Espoir et joie emmurés dans l’attente d’une visite.

    Aux proches, surtout ne rien dire.

    Toujours sourire, taire le désespoir et la souffrance.

    Qui aimerait dire sa déchéance ?

     

    Pauvres mains-papillons posées sur des genoux

    Qui croustillent, craquent et grincent

    Lissant inlassablement les plis d’un vêtement.

    Discrètement, une tache s’élargit sur le fauteuil…

     

    Laisser passer les heures interminables,

    Alors que chaque geste est douleur

    Et appelle, en silence, la Fin.

     

    Manger, Ô suprême tourmente,

    Quand l’esprit crie non,

    Et que le bourreau impose,

    A chaque cuillerée, sa loi,

    Sans aucune décence ni pitié.

    Remplir ce ventre et prolonger l’agonie,

    En un supplice aseptisé.

    100 ans… fêtés dans l’effroi.

     

    Et… attendre…

    Attendre patiemment la Délivrance.

    Surtout ne pas parler, ne pas pleurer.

    Sourire pour montrer que tout va pour le mieux

    Dans le meilleur des mondes,

    Puis se retrancher dans un jardin secret,

    Le seul où l’on puisse aller sans aide,

    Et caresser de tendres souvenirs,

    Tant qu’ils sont encore accessibles,

    Jusqu’à ce que l’on en ait oublié le chemin.

     

    Ici, tout s’arrête, sauf la vie,

    Rallongée à grand renfort de remèdes

    Aux multiples couleurs toxiques .

     

    Il n’y a qu’un mot pour dire cet enfer,

    Un mot que mon âme déteste,

    Un mot que mon cœur rejette,

    Que ma gorge gronde

    Et que mes lèvres refusent,

    Un mot amer et brûlant,

    Que ces murs ne devraient pas abriter.

     

    La fin de vie, en ces sombres lieux,

    A pour seul nom :

    Torture.

     

     

    MCLouvet

    « petit nid d'oiseaucoeur de brume »

  • Commentaires

    3
    Mercredi 12 Août 2015 à 11:13

    Dur de vieillir.... quoi qu'il en soit, je ne veux pas vivre cette expérience de cette façon...

    2
    Mardi 28 Juillet 2015 à 17:37

    C'est un beau texte poignant et dur à la fois,

    ce mélange en fait un écrit  fort plaisant à découvrir, comme toujours,

    bravo,

    bonne soirée

    bises

    Domie.

    1
    Mardi 28 Juillet 2015 à 17:18

    que c'est dur de vieillir

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