• COURIR, COURIR...

    étrange...

     

    COURIR, COURIR...

     

    Courir, courir à la poursuite du soleil, poussée par le vent.

    Courir à la recherche du lieu de sérénité. Chercher derrière les arbres, entre les pierres. Gravir les versants escarpés, toutes griffes dehors, collée à la roche instable, baignée de sueur, le regard accroché au sommet qui tire le reste de mon être. S'acharner, en grognant, à atteindre la cîme et se laisser tomber, le souffle court, dans l'herbe sèche sur la peau de la montagne, pelée et recuite par le soleil, le vent et le froid.

    Allongée, face au ciel, je me plonge dans ce bleu si intense que je dois fermer les yeux. Tout se met à tourner, la terre sous mon corps dans un sens et la voute au dessus dans l'autre, à une allure vertigineuse. Mes doigts s'accrochent à la roche, se plantent dans la terre, y lancent des racines rapides comme des vipères. D'autres poussent de tout mon corps.

    Je ris à grandes goulées, sans pouvoir m'arrêter, ni descendre de ce manège, et soudain, je déploie mes ailes et décolle. Je monte en cercles rapides et mes racines, à présent, me font comme un long voile. Le vent me siffle aux oreilles des mots magiques, des sons qui guérissent, des paroles qui consolent.

    La Mort ne nous est, ni bien, ni mal. C'est un guide.

    J'ai plané au dessus de cette tornade. J'ai suivi ses crêtes sombres et lutté contre elle de toutes les forces que j'ai trouvé. Je l'ai combatue si longtemps que j'ai oublié les jours. Mais à la fin, il ne me fut plus permis de la défier. J'ai plongé en son centre mouvant et noir. On m'a poussé vers cette bouche qui m'a engloutie. Je suis tombée si vite que mon voile s'est fait poussière. J'ai crié mais le son de ma voix est resté bien loin derrière moi. J'ai hurlé, pleuré, terrifiée à l'idée de m'écraser au sol. J'ai tenté de reprendre mon vol.

    Mes ailes, poussière, elles aussi...

    Finalement, qu'importait...

    Je ne pouvais rien y faire, j'ai abandonné.

    Et je suis sur cette colline, de nouveau. La terre craquelée, les rochers blancs, comme de vieilles dents de géants. La clairière est sombre sous son parapluie étoilé. Nulle trace de cette tornade, pas de branches cassées, pas de feuilles arrachées. Un grand silence, des fantomes qui dansent.

    Je me suis relevée, et j'ai plongé sous le couvert, à pas de loup, , tous sens en alerte. Je me suis fondue dans le feuillage, ivre du parfum de la terre et du vent nocturne...

    MCLouvet

     

    « coeur de brumeJoyeuses funérailles »

  • Commentaires

    5
    Mercredi 16 Septembre 2015 à 19:27

    Merci, Flipperine, et Domie !

    4
    Mardi 15 Septembre 2015 à 17:06

    quel beau texte

    3
    Mariedescollines
    Lundi 14 Septembre 2015 à 19:55
    Merci, Djedge, laisse-toi emporter...
    2
    Lundi 14 Septembre 2015 à 19:42

    Un  beau voyage où tous les sens sont en éveil pour mieux nous faire savourer ce texte fort bien écrit et dépaysant à souhaits

    bises

    bonne soirée

    Domie

    1
    Lundi 14 Septembre 2015 à 19:32

    Quelle vertigineuse sensation . Décidément, le Bugarach réserve bien des surprises . BRAVO !

     

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :