• Iléa et Arkan, rencontre au lac, suite

    _Allons chez moi, j'ai froid...

     

     ... Il avait récupéré ses bagages et passé son bras autour de ses épaules, lui offrant sa chaleur dans l'abri de sa cape. Ils avaient marché paisiblement jusque chez elle. D'un geste léger, elle avait ouvert la porte, l'invitant d'un geste, à entrer.

     « _Tu sais, Iléa, tu n'es pas obligée de m'héberger, je peux retrouver l'endroit que j'avais prévu pour dormir...

    _La décision est tienne. Moi, je suis contente de t'accueillir.

     _Alors, je suis heureux d'accepter ton invitation. Comment résister ? »

     Ils avaient ri ensemble de la raideur de cet échange, et Arkan l'avait plaquée contre lui, plongeant ses mains dans ses cheveux embroussaillés avec volupté, caressant des lèvres la naissance de sa gorge, goûtant la saveur de sa peau.

    Les yeux mi-clos, la tête légèrement penchée en arrière, Iléa savoura l'instant avant de s'écarter sans hâte en disant :

     « _Je vais allumer le feu et faire un peu de tisane. Pose tes affaires là bas, près de la cheminée.

     _Je peux t'aider ?

     _Non, regarde... »

      Elle avait élaboré un bûcher de brindilles dans l'âtre et, d'un geste sec, y avait projeté une flamme jaillie de ses mains. Joyeuse, elle s'était tournée vers son invité stupéfait en s'exclamant :

     « _Ca a marché du premier coup !

     _Ce n'est pas toujours le cas ? (Ainsi elle était vraiment sorcière!)

     _Non, certains jours, ça ne marche pas.

     _Étrange. Tu sais pourquoi ? (C'était la première fois qu'il voyait ça de ses propres yeux!)

     _Non, et c'est bien dommage. »

     Une ombre était passée dans son regard. Si elle avait maîtrisé son art, elle aurait rôtis les assassins de Roman.

     Sentant qu'elle ne voulait pas s'attarder sur le sujet, il avait déposé ses affaires, s'était défait de ses lourds vêtements avec un plaisir intense. Tout en parlant, elle avait nourri le feu jusqu'à obtenir de belles flammes et placé une casserole pleine d'eau à chauffer sur un trépied ferronné.

     Arkan examinait l'endroit; le minimum, comme partout dans ces montagnes. Mais, dans une niche, près de la cheminée, se trouvait un petit autel où étaient disposés des pierres d'une grande beauté. Il y avait aussi un crâne dont les crocs étaient ceux d'un carnivore, une plume d'aigle et un bracelet d'argent d'une finesse incomparable provenant probablement de Sirius. Son attention revint à Iléa. Elle sortait quelques pommes et des noix d'un coffre de bois ventru et les posa sur la table basse en disant :

     « _Voilà qui nous fera du bien ! »

     D'un geste vif, elle avait déroulé un matelas odorant fait de fougères et de plantes aromatiques, devant la cheminée. Elle y avait déposé deux couvertures de laine épaisse et quelques coussins avant de convier Arkan à s'y installer.

    « _Je sers la tisane et je m'assieds avec toi. »

    Elle s'était enroulée dans une couverture et avait tendu ses orteils vers la chaleur, en soupirant d'aise.

     Arkan avait souri avant de demander :

     « _Tu ne portes jamais de souliers ?

     _Quelques fois oui, mais je préfère sentir la terre sous mes pas. »

     Il avait semblé tendre l'oreille et s'était mis à fredonner tout bas, un demi-sourire aux lèvres :

    « _Qu'elle est belle et... (charnue,qu'il ne prononça pas)

    Ma sorcière aux pieds nus.

    Je vais par routes et chemins,

    Mais toujours lui reviens.

    Vers elle mon arc est tendu,

    Comme mon cœur tant ému,

     Qui douce flèche lâchera..."

     

     Il avait pris son luth, l'avait extrait de son abri et s'était installé tout près de la jeune femme. Il avait flatté son instrument d'une main câline, salué les cordes. Iléa s'était étirée longuement, prenant plaisir à le regarder égrener les notes.

    Et lui s'était mis à peindre de musique le corps de la sorcière, avec une connaissance et une intuition quasi surnaturelles, un amour torrent de montagne, ciel embrasé. Iléa se tendait à la caresse des notes, étendue devant le feu.

     Arkan ferma les yeux quelques instants, son luth soupira. Il se remis à jouer, élaborant des trésors d'harmonies et de silences, les couleurs des mouvements ondulants de la femme. Sauvage. Beauté de sa jambe longue et musclée. Rudes chemins de montagnes. Son ventre et ses hanches , qu'il devinait sous la robe. De nouveau, il a fermé les yeux, savourant la douceur de ce moment. Chuchotement du tissus. Corde pincée, saumon chatoyant. Pétille. Bulle. Souffle. Il rouvert les yeux et remercié l'univers pour ce pur bonheur, régal offert à son cœur, à son regard :

     Elle était nue, comme une statue de Maël*, mais tellement plus douce, et tellement plus belle. Il a caressé la vallée de ses reins et revint aux courbes de son instrument, avec un égal plaisir.

     Plus tard, ils ont fait l'amour, comme deux aigles en plein vol, ivres de lumière, comme des loups dans la soie de l'herbe, comme des vers entortillés au sein de la terre, tourbillon voluptueux, chant du feu, éclosion de montagnes.

      (Que dit La Rumeur ? Les statues sont de pierre!)

     Mais l'homme est de chair, son essence divine, l'amour velours au milieu des épines...

     Leur union fut sublime. Ils dérivaient aux confins de l'être et soufflaient des arcs en ciel. Cœurs ébahis, submergés de bonheur, âmes réunies, confondues...

     Arkan s'était endormi, la tête posée sur le ventre de la sorcière, bercé par son souffle. Iléa souriait dans la pénombre. Elle caressait ses cheveux touffus et rebelles, si noirs, mêlés de blanc et contemplait son visage paisible. Elle y vit les embûches et les épreuves qu'il avait traversées, un optimisme opiniâtre, une intense vitalité. Et cette petite ride, au coin de sa bouche, qui disait ce que sa volonté pouvait avoir d'implacable.

     Ses lèvres étaient douces, sa respiration lente et profonde. Roman aussi respirait ainsi, après...

     Du bout des doigts, elle explora ses épaules, larges et solides, suivit la courbe de la chaîne d'or retenant une colombe, son torse bien dessiné et ses bras musclés de danseur... Un guerrier malgré lui. Elle aimait sa chaleur, le parfum de son corps, fragrance des grands chemins, des nuits à la belle étoile, de l'eau fraîche des torrents, des feux de camps et des paillers douillets.

     Sa peau était comme une carte où il y aurait beaucoup de routes et de cours d'eau. Elle y voyait aussi la peur, qu'il cachait si bien... Elle y sentit l'énergie brutale de Saphira et frissonna. Cette femme était un prédateur qui ne lâcherait jamais prise. Et Arkan le savait bien. Il était condamné à la confrontation ou à une vie de fuyard.

     Comment avait-t-il pu survivre à une telle cruauté ?

     Quand elle l'avait fait danser, à la Source de Vie, il n'était ni mort, ni vif. Un fantôme. Et, à présent, il dormait paisiblement à ses côtés.

     « _La vie est belle ! », chantonna La Rumeur.

     Mais on ne l'appelait pas sorcière pour rien ! Puisqu'il le fallait, elle userait de magies pour protéger cet homme. Elle inventa une incantation, et d'une main d'amour et de fleur, elle lui effleura le front, lui insufflant sa propre énergie, en murmurant :

    « _Tu vaincras Saphira... »

     Et, en disant cela, elle vit la femme cruelle s'éloigner lentement vers l'horizon jusqu'à disparaître, libérant Arkan de sa domination. Elle rompit le charme en tremblant. C'était la première fois qu'elle avait une vision aussi claire. Elle sentit des énergies puissantes qui circulaient, se distribuaient, suivant leur propre chemin, au milieu des existences si fragiles et éphémères des hommes qu'elles bouleversaient au passage.

     Lentement, elle s'était installée, collée, blottie le long du corps chaud de l'homme-gibier et avait tiré la couverture sur eux. Secret. Silence.

    Juste écouter son cœur, son souffle, se soûler de son parfum dans la douceur du feu.

    Oubli.

     

     

    (* Maël est un sculpteur, ami de Arkan qui vit à Sirius parce que, selon lui, c'est le seul endroit vivable pour un artiste. Il sculpte principalement des nus. Il y a dans les Terres Mortes, un lieu peuplé de ses œuvres.)

     

     

     

    « en imagesjuste... »

  • Commentaires

    2
    Vendredi 4 Décembre 2015 à 18:08

    C'est fort bien écrit, comme toujours, 

    bravo,

    bonne soirée, 

    Domie

    1
    Mercredi 2 Décembre 2015 à 11:47

    un joli texte

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