• Journal du père de Azalée

    Retour de mission

    Cette mission aura été la dernière, et ne sera jamais achevée, en tous cas pas comme elle aurait dû l'être. Le gars que nous devions protéger était probablement aussi pourri que ceux qui voulaient sa peau, mais il travaillait « pour la paix ». Il est mort dans son sommeil, dans son lit, il y a trois jours, comme des tas d'autres gens depuis.Rafael, ayant constaté le décès, nous a regardés en souriant :

     « _ Je vous l'avais dit : le monde est foutu, maintenant, les gens meurent par centaines, tranquilles pépères, c'est la vengeance de la nature. Vous me croyez, maintenant ? Les gars, on rentre chez nous !»

     Et c'est ce que nous avons fait. On a trouvé quatre places dans un avion de tourisme grâce à Merlin, et on a embarqué avec deux autres types. Le décollage s'est bien passé, malgré quelques soucis magnétiques, puis, derrière nous, en bas, il y a eut une explosion qui a propulsé notre coucou en avant, heureusement sans dégâts. J'ai tenté d'appeler à la maison, sans succès : service d'urgence uniquement... Pareil pour les autres.

     On a prié...

    On a vu la fumée de très loin, noire, épaisse. C'était Marseille, en flammes, dans une panique complète. L'aéroport encombré de carcasses d'avions, des véhicules et des gens dans tous les sens, pas moyen d'atterrir dans cette pagaille. On n'avait aucunes nouvelles de la terre, pas de liaison radio, ni téléphone.

     Depuis des mois, Rafael nous prenait la tête avec son discours survivaliste de fin du monde. Mais, ces dernières semaines notre instinct nous le disait aussi. D'en haut, on voyait d'autres colonnes de fumée. Des routes bloquées par des accidents, partout la panique. Quelque chose n'allait vraiment pas. Ce qui n'allait pas non plus, c'était le niveau de carburant proche de la panne, et pas d'aéroport utilisable. Quand le pilote a annoncé qu'il allait tenter de se poser dans un champ, il y a eut un grand silence,  on a tous prié de nouveau. Et le gars a posé ce bijou, sans bobo, dans un champ de blé. On était à cinquante kilomètres au Sud de Chartres.

    Toujours pas de téléphone.On a marché jusqu'au plus proche village et là, on a compris que c'était encore pire que ce qu'on imaginait.

     Il a fallu seulement trois jours pour que le chaos s'installe. Il y a des corps sans sépulture un peu partout dans les maisons, les voitures, les parcs. De ces morts paisibles, ceux qui se sont endormis ici ou là, et qui ne se sont jamais réveillés. Puis il y a les autres...

     On a vu pas mal de trucs, au cours de nos missions, mais c'était dans des pays en guerre. Voir des cadavres démembrés, explosés, brûlés, et j'en passe, a quelque chose d'irréel, ici, en France. On ne pouvait pas imaginer que cela se produise chez nous. Jusque aujourd'hui.

     Le plan survie est déclenché.

     Je remonte à la maison, chercher ma femme et mes enfants, avec les gars. Au passage, on récupérera la sœur de Merlin, et la femme de Rafael. Enfin, on espère. Parce que étant donné la situation, on a tous la même angoisse : sont-ils encore vivants ?

     On a marché toute la journée, en évitant les endroits habités. Parfois, on entend des explosions, des tirs d'armes de toutes sortes. A croire que les survivants à l'épidémie ont décider d'achever le travail en s'entre-tuant...

    Amanda, ma femme, Tomy, mon grand petit gars, Azalée, ma fleurette ; ma seule famille, je vous aime.

    On a croisé un convoi militaire.  Il semble qu'il reste un peu d'organisation. On est restés cachés dans le fourré. Pas question de se retrouver enrôlés dans leurs rangs, on doit retrouver les nôtres, et après, rejoindre nos origines profondes et le lieu de repli que nous avons prévu il y a bien longtemps.

    A suivre...

     

     

    « Soirée d'automneLa Chanson d'Après" »

  • Commentaires

    3
    Jeudi 14 Mai 2015 à 18:52

    un beau texte mais que c'est dur toutes ces horreurs

    2
    Mercredi 13 Mai 2015 à 21:08

    Merci, DOmie, la suite au prochain épisode !

    Bises

    1
    Mercredi 13 Mai 2015 à 19:37

    bravo, je réagirais exactement pareil, c'est fort bien écrit, on s'y croirait,

    bonne soirée

    bises

    DOmie

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