• La Chanson d'Après,

    extrait, présentation de deux nouveaux personnages, XXIème S.

    journal d'Alba 1

    ...

    « _ Vous n'avez pas peur ?

    _Non, je devrais ?

    _Hé bien...

    _Parce que je suis une femme ?

    _Heu...

    _Perdu ! »

    Il rit un peu en grimaçant, une main posée sur les côtes. Il a probablement quelques fractures...

    « _Je n'ai pas peur de vous, mais je n'en dirais pas autant de celui ou ceux qui vous ont torturé. On est d'accord sur le terme ? »

    Il a hoché la tête ;

    « _Donc, vous êtes plutôt une victime, et vous n'avez rien à craindre de moi tant que votre comportement ne me semble pas dangereux. »

    Il a souri et, dans ses yeux, j'ai vu qu'il était droit et juste. On a roulé en silence. De temps à autres, il étouffait un gémissement. La route est en mauvais état, on était secoués...

    La nuit était tombée quand mon passager a refait surface pour me dire :

    « _Si vous voyez un gros Cherokee 4/4 noir, ne vous arrêtez surtout pas, c'est leur véhicule...

    _Ah, bon, merci pour l'info. Il nous reste vingt minutes de route, mais on ne sait jamais... »

    Il s'est de nouveau assoupi, jusqu'à ce que je m'engage sur la piste.

    « _Heureusement que j'ai trouvé ce petit 4/4, ma voiture ne passera plus ici ! »

    Il a acquiescé en serrant les dents, s'accrochant à la poignée de la portière. J'ai contourné la maison, garé le Lada dans les buissons qui le cachent entièrement. J'ai coupé le contact et éteint les feux. On a attendu un moment, aux aguets, puis je l'ai aidé à descendre et l'ai soutenu jusqu'à l'intérieur.

    Il doit faire 1,80m et il est solide. Il guérira vite.

    Je l'ai fait s'allonger sur le lit et l'ai en partie dévêtu.

    Il a dû passer des heures terribles, son corps en témoigne. Par chance, je suis médecin et j'ai amené mon matériel.

    J'exerçais à Perpignan. L'hiver passé, mon cabinet a été cambriolé deux fois. J'ai quinze minutes de trajet en voiture pour m'y rendre, ce qui m'a valu de me faire agresser un matin par une bande d'hommes avinés.

    Je n'ai dû mon salut qu'à l'arrivée inopinée d'un groupe de citoyens constitué en milice. La bagarre n'a pas duré, les malfrats ont préféré fuir... Les citoyens m'ont escortée pour me ramener chez moi.

    Je me suis laissée tomber sur le canapé, assise, pétrifiée et je suis restée « en panne » une bonne heure.

    Avec tous ces décès, et l'épidémie dont on ne savait quasi rien, je ne m'étais pas rendu compte que la ville devenait barbare.

    J'ai fait du thé et allumé la T.V., rien. Frisson. Pas de téléphone, pas de connexion. Je me suis recalée dans le canapé en grelottant. Et là, je me suis dit que je devais quitter Perpignan. Tout en savourant le thé brûlant, m'est revenu le souvenir de cette maison de famille que nous avions dans l'Aude, entre Cubières-sur-Cinoble et Bugarach. Mes arrières grands parents avaient acheté un morceau de terre et retapé la bâtisse délabrée avec le bois et les pierres trouvés sur le terrain. On y accédait par une piste de trois kilomètres.

    Personne n'y a habité régulièrement, mais on y a passé des vacances formidables. Pas d'électricité, l'eau à la source... Et c'était évident, je devais aller m'y installer.

    Le lendemain, à 6 heures du matin, j'ai chargé la voiture de tout ce dont j'aurais besoin, y compris tous les bouquins que je n'avais pas encore eut le temps de lire et de quoi écrire. J'ai ajouté la bombe paralysante offerte par mes citoyens-sauveurs et la dague de chasse accrochée dans le salon, mon héritage... Elle appartient à la lignée des femmes de ma famille.

    Et je suis partie.

    J'ai été surprise de circuler sans encombres. Les routes étaient quasi désertes. J'éprouvais un sentiment d'irréalité absolument, délicieusement, piquant. Le paysage était superbe. La dernière fois que j'étais venue remontait à deux ans...

    Je suis passée devant la piste sans la voir tellement la végétation avait poussé. Il m'a fallu faire demi tour et rouler au pas pour la retrouver. Je me suis engagée sur le chemin de terre puis la nature, bousculée par mon passage, s'est refermée derrière moi. Et c'était bien ainsi. Je serais à l'abri des regards.

    Le chemin était plein de nids de poules et ma petite voiture de citadine protestait.Elle ne pourrait pas faire ça très souvent...

    Quand j'ai coupé le contact, une fois garée derrière la maison, une sorte de jubilation m'a envahie ; J'avais fait le bon choix. J'étais chez moi.

    La clé était toujours à sa place, dans l'arbre creux.

    La lourde porte de bois s'est ouverte en grinçant. Je retrouvai l'odeur des lieux, bois, pierre, humidité, senteurs de la terre...

    Le faisceau de ma lampe dévoilait une cité de toiles d'araignées, dense et poussiéreuse. J'aurais un bon coup de ménage à faire !

    Rien n'avait bougé. La pièce, meublée d'une table, quatre chaises, un lit dans un angle, et des étagères rudimentaires, était telle que je l'avais laissée.

    J'ai allumé une petite flambée dans le foyer, j'avais froid, puis je me suis préparé un sandwich que j'ai dévoré accompagné de jus de pomme.

    Le vent s'était levé et secouait la forêt énergiquement. Je me suis installée sur le lit, au chaud, dans mon sac de couchage. Le reste pouvait attendre.

    Difficile de décrire le bien-être que je ressentais après les semaines passées dans l'agonie de cette ville qui s'enfonçait, chaque jour un peu plus, dans le chaos.

    L'homme s'était endormi après que j'aie soigné ses blessures. Son souffle paisible emplissait la pièce. Son visage aux traits énergiques et réguliers, estompés par une barbe renaissante était détendu.

    Il m'a dit s'appeler Llordat de Montalba, mais je ne crois pas que ce soit son vrai nom.

    Ce qui est surprenant, c'est que mon prénom est Alba...

    Mon patient se débat dans des cauchemars fiévreux.

    Il est 22h, il fait nuit, je vais dormir aussi.

     

    Quand je me suis allongée sur le lit, hier soir, ( Il n'y a qu'un lit car mon frère a récupéré le reste du mobilier pour sa maison du bord de mer.), il a ouvert les yeux et m'a souri en s'excusant :

    « _Désolé d'envahir votre vie...

    _Ne vous inquiétez pas pour ça. Je me couche, avec vous car je n'ai pas envie de dormir par terre, mais n'y voyez aucune arrière pensée de ma part. »

    Ça l'a fait rire un peu, en se tenant les côtes. (J'ai diagnostiqué deux fractures.)

    J'ai remonté la couverture et il a ajouté :

    « _Excusez-moi, j'aurais bien besoin d'une douche... »

    Il est touchant. Sa voix me bouleverse étrangement

    « _ Je vous promets que je vais vous aider pour la douche, mais demain matin, je suis épuisée...

    _Merci.

    _De toutes façons, je trouve votre odeur d'homme plutôt agréable... »

    Sa main s'est posée sur la mienne et il s'est endormi instantanément.

     

    « La "Chanson d'Après", MCLouvetLa Chanson d'Après, journal D'Azalée »

  • Commentaires

    3
    Vendredi 20 Mars 2015 à 00:14

    un très bon texte

    2
    Mercredi 18 Mars 2015 à 19:37

    merci, Domie. ces textes sont protégés. La suite... au prochain épisode. Bonne soirée! bises.

    1
    Mercredi 18 Mars 2015 à 18:29

    bravo, je suis scotchée, une suite fort bien écrite, qui donne envie d'en découvrir plus, alors je dis "ENCORE", merci bien pour ce partage,

    pense à bien protéger tes textes afin d'éviter qu'on ne te les plagit,

    d'un autre côté, c'est bon signe, ça prouve que c'est bon

    bonne soirée

    bises

    Domie

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :